Protection des riverains

La question de la protection des riverains contre les pesticides – qui était le thème de notre dernier n° de Pesticides-Infos – fait la Une de l’actualité. C’est bon signe. Cela signifie que l’omerta se fissure et qu’il apparaît de plus en plus insupportable à la population d’être arrosée par ces produits cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques ou perturbateurs endocriniens.

La preuve par Langouët

Le buzz fait par la commune de Langouët en Bretagne est intéressant à plus d’un titre. Une petite commune de 650 habitants – engagée depuis longtemps dans la transition écologique – décide, face à l’inquiétude de la population, de proscrire les pesticides de synthèse autour des habitations.

Le maire de Langouet, Daniel Cueff (photo Ouest-France)

Plus précisément le Conseil municipal a pris le 18 mai 2019 un arrêté (téléchargeable ici) visant à interdire sur le territoire de la commune les pulvérisations de ces pesticides à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d’habitation ou professionnel, cette distance pouvant être réduite à 100 mètres dans le cas d’utilisation de matériel limitant les dérives de pulvérisations (liste officielle ici) et/ou de la présence de haies conséquentes.

On est loin d’un arrêté jusqu’au-boutiste ! Nous réclamons pour notre part 200 m autour des établissements sensibles sans dérogation car nous savons que les haies ne protègent pas et que les buses anti-dérives n’empêchent pas la volatilisation post-application (voir notre article sur l’enquête ATMO). Mais c’est trop pour la Préfète de Bretagne qui estime que ce petit maire usurpe les prérogatives d’un Préfet. Celui-ci se fait fort pourtant, d’une analyse collective de glyphosate dans les urines de ses administrés pour affirmer qu’ils sont en danger et qu’il est de son devoir de les protéger. L’affaire va se juger en Tribunal Administratif (où l’arrêté a de grandes chances d’être retoqué). Mais le bras de fer engagé avec l’Etat est très important. Daniel Cueff interrogé par Ouest-France situe très bien le problème : « On verra ce que le juge dira. J’ai pris cet arrêté car l’Etat ne prend pas des décisions qui relèvent pourtant de la santé publique ! »

L’Etat ne protège pas assez

Et effectivement, du côté de l’Etat, les mesures prises sont loin d’être satisfaisantes, y compris lorsqu’elles sont complétées par des mesures préfectorales comme en Gironde. Tous ces textes sont présentés sur la page “Textes-Lois-Arrêtés” de notre site.

L’arrêté pris le 4 mai 2017 (téléchargeable ici) et publié au JORF sous le n°0108 est loin d’être suffisamment protecteur. Il impose des délais de rentrée dans les cultures pour les travailleurs de 24h ou de 48h suivant la dangerosité des substances (ce qui dans certains cas est insuffisant). Il impose de ne pas pulvériser si la vitesse du vent est supérieure à 3 Beaufort (19 km/h) et nous avons vu, avec l’affaire de Villeneuve de Blaye (voir historique ici), que l’absence d’appareils de mesure fait qu’il n’y a aucun contrôle de cette clause. Il impose aussi de ne pas épandre sur les éléments du réseau hydrographique (mais en évacuant la question des fossés par exemple). Cet arrêté ne contient pas d’autre élément assurant la protection des lieux de vie et notamment des populations sensibles.

Voilà pourquoi plusieurs organisations Eaux & Rivières de Bretagne, Vigilance OGM et pesticides 16, Soutien aux victimes des pesticides, Générations Futures, et l’Union Syndicale Solidaire ont déposé un recours en novembre 2017 devant le Conseil d’Etat (détails ici). Une audience a eu lieu le 5 juin dernier et la bonne surprise est la réaction du rapporteur public . Celui-ci demande purement et simplement l’annulation de l’arrêté « en tant qu’il ne prévoit pas de dispositions destinées à protéger les riverains des zones traitées par des produits phytopharmaceutiques. ». Une concertation est engagée au niveau national et il est urgent de peser de toutes nos forces dans la balance, vue la complaisance avérée depuis deux ans du gouvernement envers la FNSEA et les lobbies des phytos.

Mobilisation en Argentine

En Argentine les dégâts dûs aux pesticides sont énormes à cause notamment des cultures de soja génétiquement modifié pour supporter les désherbants (Round Up) et parce que les épandages aériens sont encore autorisés. La catastrophe sanitaire que vit ce pays est présentée de façon magistrale par Fernando Solanas, sénateur et cinéaste argentin, dans son dernier film, le Grain et l’Ivraie que nous vous recommandons :

Cette catastrophe était dénoncée depuis plusieurs années par une victime, Fabian Tomasi, décédé en septembre dernier d’une polyneuropathie toxique sévère. Cet ouvrier chargé de remplir de glyphosate les réservoirs des avions avait fait de la lutte contre cet herbicide son combat. Il n’aura pas été vain. La province de l’Entre Rios où il travaillait, au nord de Buenos-Aires, vient de prendre un arrêté pour interdire les épandages à 1 km des écoles, et même à 3 km s’ils sont aériens suite à la plainte d’une association d’enseignants et d’une ONG environnementale !

Fabian Tomasi, symbole de la lutte contre le glyphosate (photo AFP)

Et à Samonac

C’est bien la mobilisation de tous les citoyens qui permet d’engranger ces victoires et elle ne cesse de grandir. Les manifestations mensuelles des associations qui luttent contre les pesticides, à l’initiative de Nous voulons des Coquelicots, le montrent chaque mois un peu plus. Vendredi 7 juin, nous étions une cinquantaine rassemblés à Samonac, en familles et en chansons. Reportage ci-dessous :

Complément du 18 juin : les deux pétitions de soutien au maire de Langouet ont déjà rassemblé plus de 60 000 signatures (voir article sur 20min).