RESIDUS DE PESTICIDES

Les denrées alimentaires issues de l’agriculture conventionnelle ou raisonnée peuvent toutes contenir des pesticides. La réglementation européenne fixe des valeurs limites appelées LMR (limites maximales de résidus) mais ces valeurs ne sont pas absolues : elles sont fixées par couple aliment/substance active.

C’est le règlement (CE) n° 396/2005 du parlement européen et du conseil qui a instauré pour l’ensemble des pays de l’UE des LMR pour les pesticides présents dans les denrées alimentaires et les aliments pour animaux d’origine végétale et animale. Ces valeurs ont été modifiées au 1er septembre 2008 et viennent d’être réévaluées sous la pression de certains producteurs (baies, groseilles, maquereaux…) par le règlement 2019/552 du 4 avril 2019. La base de données des LMR est donc régulièrement actualisée.

Ces LMR sont-elles contrôlées ?

Rarement.

En France, la DGCCRF a fait des prélèvements sur des fruits et légumes mis en vente en 2015. Les résultats ont été publiés en 2017 et ils ont montré que les LMR étaient dépassées dans moins de 2% des cas. Mais ils ont confirmé que 2/3 des fruits et plus d’1/3 des légumes contenaient des résidus de pesticides de façon significative.

Attention ces LMR ne tiennent absolument pas compte des effets cocktails possibles lorsque plusieurs substances actives sont mélangées.

Les méthodes d’analyse sont très couteuses et sophistiquées, d’autant que le nombre de molécules à détecter ne cesse de croître. Une autre difficulté provient de la possible transformation des substances actives dans le milieu naturel par des processus métaboliques : les nouvelles molécules appelées métabolites servent de traceur de la molécule initiale mais elles peuvent aussi provenir d’autres sources. C’est le cas de la phtalimide, métabolite du Folpel et les laboratoires cherchent à identifier ces processus (voir cetinterview du responsable des laboratoires Dubernet).

Mais ces recherches ne doivent pas masquer le fait essentiel : une denrée produite par de l’agriculture bio, sans dérive possible du voisinage, contient zéro pesticide ou métabolite de pesticide.

Que signifie alors le label “zéro résidu de pesticides ?

Il ne signifie pas que les denrées arborant ce label ont été cultivées sans pesticide de synthèse. Seules les certifications bio (AB, Demeter, Ecocert…) donnent ces garanties. Il ne signifie pas non plus qu’il n’y a aucun résidu de pesticides.

Il signifie que la quantité de chaque pesticide n’est pas supérieure à 10 µg/kg de fruits ou de légumes. Et ce seuil est bien supérieur à certains seuils aliment/substance active : par exemple on sait que l’atrazine, une substance interdite depuis 2001 – mais que l’on retrouve encore dans les eaux de surfaces – a des impacts sur le développement du foetus dès que sa concentration dépasse 0,1 µg/L dans l’eau potable.

Pour ne pas dépasser le seuil de 10 µg/kg, on a traité très en amont de la récolte et/ou avec des substances qui laissent le moins de traces possibles. Mais il y a beaucoup d’opacité sur ce label comme le montre cet excellent article du magazine Reporterre. Le cahier des charges et les substances autorisées (classées en “rouges” et “noires”) n’est pas accessible en ligne et la transparence n’est pas vraiment au rendez-vous. Pour les riverains de cette agriculture, ce n’est pas non plus la panacée puisqu’ils continuent de respirer les produits toxiques (dont on ignore la nature). Et pour la biodiversité, ce n’est pas mieux.

Y a-t-il des LMR pour le vin ?

Non, il n’y a aucune LMR pour le vin. Vous pouvez fouiller toute la base de données de la Commission, vous n’en trouverez pas. Il existe seulement des LMR pour le raisin de table et le raisin de cuve. Ce sont ces LMR qui sont souvent indiquées – de façon inappropriée – sur les résultats d’analyse.

Lorsque la LMR pour une substance active sur un aliment donné n’est pas spécifiée dans la base de données de la Commission, les règlements n°396/2005 et 2019/552 précisent que la valeur par défaut est de 0,01 mg/kg soit 10 µg/kg (ce qui équivaudrait à 10 µg/L pour le vin).

Y a-t-il des LMR pour l’eau ?

Oui, et les services de traitement des eaux sont contraints d’éliminer les substances actives qui seraient présentes dans les ressources en eau. Et cela a un coût qui est supporté, au bout de la chaîne, par les consommateurs à travers leur facture d’eau et assainissement.

La limite, pour l’eau qui est distribuée au robinet, est de 0,10 µg/L pour chaque pesticide (à l’exception de l’aldrine, la dieldrine, l’heptachlore et de l’heptachloroépoxyde pour lesquels elle est de 0,03 µg/L). Ce qui équivaudrait à 0,10 µg/L pour le vin.

De plus le total de ces substances actives ne peut pas dépasser 0,50 µg/L !

Dans les diverses analyses que nos associations ont fait réaliser par des laboratoires, on est très largement au-dessus de ces valeurs notamment pour les vins de Lafon-Rochet, Clément-Pichon, pour sept châteaux du Médoc de 2014 et 2015, pour Château de l’Enclos, ou pour le vin Unique de Tutiac 2017 que l’APHG a fait analyser.

Ces analyses permettent de situer l’ampleur du problème qui n’est pas seulement celui du consommateur. Avant de se retrouver dans la bouteille, ces pesticides ont été épandus, ont détruit la biodiversité autour de la vigne, ont été respirés parfois par de jeunes enfants, par de futures mamans, puis ils ont pénétré les sols et les nappes.

Il ne suffira donc pas de les rendre indétectables (comme certains s’y emploient à l’aide de zéolithes par exemples) pour résoudre les problèmes colossaux posés par la multiplication de ces molécules dans la nature.

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