La valse des étiquettes vertes

Depuis quelques années, l’image produite par l’usage immodéré des pesticides de synthèse – appelés plus pompeusement « produits phytosanitaires »- est assez désastreuse pour la filière des vins de Bordeaux. Le bon sens voudrait que l’on envisage un arrêt définitif et rapide de ce type d’agriculture, ce que font déjà les viticulteurs certifiés bio, biodynamie ou en transition. Mais c’est sans compter sur les communicants du conventionnel, qui ont plus d’une corde à leur arc pour retarder cette décision pourtant inéluctable.

« Faire de l’environnement un sujet de communication », est le sous-titre d’un récent article de Vitisphère qui fait état de l’orientation « vignoble engagé », développée lors du dernier forum environnemental du CIVB le 6 décembre 2018. Il s’agit selon le journaliste de « transformer une anxiété sociétale en opportunité commerciale ». C’est joliment dit, et, en prime, ça rime !

Le point de départ de la réflexion de l’interprofession c’est que « la pression sociétale va plus vite que nos efforts » dit Christophe Château, dircomdu CIVB. Les efforts en l’occurence sont assez mesurés car l’évolution de l’usage des pesticides dans le département de la Gironde n’affiche qu’une timide diminution, malgré toutes les déclarations d’intention. 

Chapeau de l'article paru dans Vitisphère du 10/12/2018
Chapeau de l’article paru dans Vitisphère du 10/12/2018

Alors que faire ? « On a choisi un discours de preuves de notre engagement et pas d’objectifs », explique Stéphanie Sinoquet, responsable marketing pour le marché français du CIVB, interrogée par Vitisphère. Traduction : d’accord pour la communication mais ni interdiction ni contrainte.

Le site internet de la Chambre d’Agriculture met en avant cet « engagement environnemental ». Si, pour l’agriculture biologique, l’apposition du label AB sur la bouteille signifie clairement que les traitements effectués par l’exploitant sont exempts de molécules organiques de synthèse (avec contrôles réguliers), si pour la biodynamie l’apposition des labels DEMETER ou Biodyvin garantit une production bio et précise, en outre, la nature des préparations végétales, minérales ou animales utilisées, il est beaucoup plus difficile de comprendre les bienfaits, pour le consommateur et pour l’environnement, des différentes certifications de l’agriculture dite « raisonnée ». 

Le qualificatif « raisonné » laisse entière la possibilité de recours aux intrants chimiques, contrairement à ce que croient beaucoup de gens. Le référentiel officiel de l’agriculture raisonnée contient une centaine de mesures dont la moitié consistent à respecter des obligations légales existantes et l’autre moitié sont des intentions et des objectifs, imprécis pour la plupart.

On retrouve cette logique dans le référentiel des différents labels de la viticulture raisonnée girondine.

Les différentes certifications « raisonnées »

La certification AREA

AREA signifie Agriculture Respectueuse de l’Environnement en Nouvelle-Aquitaine. C’est une certification environnementale de niveau 2 soutenue par le Conseil Régional. Parmi les dix mesures auxquelles s’engage le viticulteur celles concernant l’emploi des pesticides de synthèse se résument à « limiter les pollutions diffuses lors de l’épandage », « raisonner les traitements phytosanitaires », « avoir fait contrôler le pulvérisateur depuis moins de 5 ans, « utiliser du matériel limitant le transfert des produits phytosanitaires dans le milieu », « avoir des pratiques encourageant le maintien et le développement de la biodiversité sur l’exploitation ». Une dernière mesure (optionnelle) consiste à « économiser l’énergie et utiliser des énergies renouvelables sur l’exploitation »

La certifications SME

C’est une démarche qui consiste en un diagnostic environnemental réalisé par un « animateur SME » à partir d’une visite de l’exploitation. Un état des lieux des pratiques et des installations est établi. Puis un plan d’action d’améliorations pour les points les plus cruciaux issus du diagnostic est rédigé par l’exploitant lui-même. Comme le remarque avec malice un commentateur du site « Le fait d’écrire dans un registre du SME qu’on recycle ses cartons ou ses bidons de CMR permettrait d’avoir de bonnes notes environnementales ! ».

La certification HVE

La certifications HVE (Haute Valeur Environnementale) est portée par le CIVB mais procède du même type de déclaration d’intention sans objectif chiffré : « mieux protéger l’environnement, les sols, les terroirs, la biodiversité », « maîtriser vos consommations en eau, en énergie, en produits phytosanitaires », « mieux vous préserver, mieux préserver vos salariés ». Ne dit-on pas que le mieux est l’ennemi du bien ? Les intentions sont louables mais, là encore, sans engagement vers un véritable changement de pratiques on peut douter de l’efficacité du label.

La certification Terra Vitis

Terra Vitis est une certification de niveau 2 qui permet aux exploitants «d’accéder à des marchés à l’export (USA, Canada, Scandinavie, Japon…) moyennant le suivi d’un « cadre » de bonnes pratiques viticoles qui permet « d’anticiper sur les futures contraintes environnementales et sanitaires comme les alternatives à certains produits phytosanitaires ». On peine à trouver les signes d’une radicalité écologique, d’autant qu’en janvier 2018, nos associations amies ont fait analyser une bouteille de Château l’Enclos 2014 ornée du label Terra Vitis. Les résultats (lisibles ici) montrent qu’elle contenait 16 résidus de pesticides dont 4 CMR !

Pour chacun de ces labels, l’exploitant doit monter un dossier, faire des déclarations, éventuellement avoir un entretien avec l’organisme certificateur qui – parfois – fait des contrôles. Il doit surtout payer cet organisme car l’engagement est avant tout financier. En retour l’exploitant peut bénéficier de formations, d’aides à l’investissement et de conseils, sûrement très utiles, mais surtout, il pourra orner son étiquette d’un beau logo, souvent de couleur verte, et qui laissera penser que ce vin résulte d’une démarche environnementale vertueuse. Notre association pour sa part, continuera de défendre la viticulture bio qui est la seule à garantir l’absence de substances CMR (cancérigènes mutagènes et reprotoxiques) ou PE (perturbateurs endocriniens), pour le plus grand bien des salariés, des riverains, des consommateurs et pour la préservation de notre environnement.

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