LES FONGICIDES SDHi

Le monde de la viticulture en Gironde connait bien le Boscalid, un anti-botrytis déjà considéré par le Ministère de l’Agriculture comme perturbateur endocrinien préoccupant (voir liste de juillet 2017). Par dessus le marché, son fonctionnement est de type SDHi. Il est aujourd’hui omniprésent dans notre environnement et ses effets sont très inquiétants.

mitochondrie animale (source wiki)

Les SDHi inhibent (d’où le i) une étape clé de la respiration des champignons, celle assurée par la succinate déshydrogénase (SDH). Or, les cellules de tous les êtres vivants respirent que ce soient des micro-organismes, des champignons, des plantes, des animaux, ou des hommes. Ce processus essentiel à la vie est rendu possible grâce à la présence d’«usines à énergie», les mitochondries. Présentes dans chaque cellule, elles jouent un rôle fondamental en libérant l’énergie contenue dans nos aliments (sucres, graisses, protéines) sous forme de carburant et de chaleur, à travers la respiration cellulaire. Cette dernière est assurée par un ensemble de protéines, les enzymes mitochondriales, qui agissent de concert pour assurer une suite de réactions biochimiques. Si l’une de ces enzymes est défectueuse, la respiration des cellules se fait moins bien et chez l’homme, cela conduit à l’apparition de nombreuses maladies très graves.

mitochondrie végétale

Dans cette suite de réactions biochimiques, l’enzyme SDH joue un rôle crucial, et il est connu depuis longtemps maintenant que des mutations génétiques de la SDH, entraînant la perte de son activité, sont la cause de maladies humaines. Ces mutations peuvent être d’une part à l’origine d’encéphalopathies sévères chez les jeunes enfants. D’autres mutations peuvent entraîner la formation de tumeurs du système nerveux au niveau de la tête ou du cou, ou encore dans les zones thoraciques, abdominales ou pelviennes. Elles prédisposent à certains cancers du rein ou du système digestif.

Des anomalies de la SDH sont aussi observées dans d’autres maladies humaines, telles que l’ataxie de Friedreich, le syndrome de Barth, la maladie de Huntington, de Parkinson et certaines asthénozoospermies (perturbation de la mobilité des spermatozoïdes). Ces données établissent le rôle essentiel de cette enzyme dans la santé humaine.

La respiration cellulaire et l’enzyme SDH, universelles, fonctionnent dans toutes les espèces vivantes. Comment ne pas se sentir concernés par la présence des SDHi dans nos assiettes à travers la contamination des aliments ? Comment de tels pesticides ont-ils pu être mis sur le marché avec l’assurance de n’avoir aucun impact sur la santé humaine, mais aussi sur l’écosystème tout entier ? La question se pose d’autant plus fortement que certains produits phytosanitaires cumulent les deux dangers : CMR et SDHi, comme le Yaris, célèbre anti-oïdium très utilisé dans la région (voir le site AAT).

Une infographie très bien illustrée sur les SDHi se trouve sur le site endsdhi.

L’alerte des scientifiques

Un collectif de chercheurs, cancérologues, médecins, et toxicologues, du CNRS, de l’Inserm, de l’Université, et de l’Inra a publié une tribune dans Libération en avril 2018. Ces chercheurs s’alarment : ” Au moment où se multiplient les communications alarmantes sur l’effondrement de la biodiversité en France, en Europe et dans le monde, il nous paraît urgent d’attirer l’attention sur les risques potentiels pour la santé humaine et l’environnement de l’usage d’une classe de pesticides, les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase), désormais utilisés à grande échelle comme antifongiques en agriculture. En France ce sont de l’ordre de 70 % des surfaces de blé tendre et près de 80 % de celles d’orge d’hiver qui sont traitées par les SDHI (données de 2014). S’y ajoute le traitement des semences, des fruits (raisins et des agrumes), mais aussi des pelouses, notamment celles des terrains de golf“.

Après avoir expliqué le mécanisme de l’inhibition de la SDH que provoque ces fongicides, les chercheurs alertent : “ces mutations peuvent être d’une part à l’origine d’encéphalopathies sévères chez de jeunes enfants, la première identifiée en France en 1995 par une équipe de l’Hôpital Necker. D’autres mutations, identifiées dès 2000 par une équipe américaine, puis une équipe de l’hôpital européen Georges-Pompidou peuvent entraîner la formation de tumeurs du système nerveux au niveau de la tête ou du cou, ou encore dans les zones thoraciques, abdominales ou pelviennes. Elles prédisposent en outre à certains cancers du rein, ou du système digestif“.

Les chercheurs concluent par un appel aux services publics : “Sur la base de nos tout récents résultats et pour ne pas reproduire les erreurs du passé, nous appelons à suspendre l’utilisation tant qu’une estimation des dangers et des risques n’aura pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels distribuant ces composés et des agences ayant précédemment donné les autorisations de mise sur le marché des SDHI“.

L’association Générations Futures a immédiatement répercuté cet appel en s’adressant à l’ANSES : « Au regard de l’alerte scientifique majeure lancée par des scientifiques français sur la dangerosité des fongicides SDHi et de l’exposition importante de la population au principal représentant de cette famille, Générations Futures demande que l’ANSES suspende immédiatement les autorisations de mise en marché des produits contenant du boscalide et autres SDHis, à titre conservatoire. » a déclaré F. Veillerette, porte-parole de Générations Futures.

Au bout de neuf mois, l’ANSES a enfin répondu aux chercheurs, dans un avis paru le 15 janvier dernier. Elle affirme que “les conditions d’une alerte sanitaire ne sont pas réunies”. Elle estime que les travaux examinés par ses experts « n’apporte[nt] pas d’éléments en faveur de l’existence d’une alerte pour la santé humaine et l’environnement en lien avec les usages agricoles de ces fongicides ». Encore une fois, face à des démonstrations scientifiques argumentées, l’agence oppose un doute alors que le principe de précaution devrait être la règle.

Ce même 15 janvier, l’ANSES a perdu un procès intenté par le CRIIGEN qui a mis en cause l’autorisation de mise sur le marché (AMM) donnée au Round up Pro 360. Elle disposait de tous les éléments scientifiques pour mettre en avant le principe de précaution et ne l’a pas fait et a été condamnée pour cela. Dont acte.

sources : le site de Génération Futures ; l’appel de chercheurs (médecins, toxicologues, cancérologues) de l’Inserm, de l’Inra de l’Université et du Cnrs paru dans Libération du 15/04/2018  ;article du Monde du 17/01/19 sur la réponse de l’ANSES, et article du CRIIGEN sur la victoire au procès du Round up Pro 360.